découvrez ici une anecdote par jour. Nous avons le plaisir de vous faire partager nos aventures de mères aveugles avec nos enfants et nos concitoyens valides. Une bonne touche d'humour vous est offerte pour égayer vos journées ou soirées. Une sensibilisation douce et drôle au handicap visuel. Bonne lecture. #Handicap #sensibilisation #parents #aveugles #humour
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De K comme Klaxon à O comme Oui : petit guide pour aider sans déclencher l’alerte générale
Quand certaines personnes croisent une personne aveugle, il se passe parfois quelque chose d’étrange.
Leur voix monte d’un cran, leurs bras commencent à s’agiter et leur cerveau active immédiatement le mode :
« Urgence absolue, il faut faire quelque chose ! »
Même quand la personne aveugle demandait simplement où se trouve la porte.
Alors, pour éviter de transformer une situation ordinaire en épisode spécial d’une série catastrophe, reprenons cinq lettres essentielles de notre lexique : K, L, M, N et O.
K comme Klaxon
Un klaxon est très utile pour signaler la présence d’une voiture.
Pour donner une indication précise, en revanche, il présente quelques limites.
Un grand « POUÊT ! » ne dit pas si la voiture arrive de droite, de gauche, de devant ou d’une autre dimension. Il indique seulement qu’un conducteur possède un klaxon et qu’il sait s’en servir.
Même problème avec le fameux :
— Attention !
Attention à quoi ?
À une marche ? À un vélo ? À une porte ? À une personne qui marche en regardant son téléphone et qui représente, soyons honnêtes, un obstacle particulièrement imprévisible ?
En cas de danger, il faut évidemment prévenir. Mais une information claire reste plus utile qu’un concert de panique :
— « Stop, il y a un vélo devant toi. »
— « Une voiture arrive à ta droite. »
— « Décale-toi légèrement à gauche. »
Une personne aveugle n’a pas seulement besoin de savoir qu’un danger existe. Elle a besoin de savoir où il se trouve et comment réagir.
Le klaxon intérieur peut donc rester au garage.
L comme Loisirs
Une personne aveugle peut aimer le cinéma.
Oui, même si le mot contient « ciné » et que personne n’a encore décidé de le rebaptiser « expérience sonore avec fauteuils rouges ».
Elle peut aussi aimer les musées, le sport, les voyages, les jeux de société, la cuisine, les concerts, les restaurants ou les soirées entre amis.
Elle peut même aimer ne rien faire devant une série. Activité parfaitement accessible et largement pratiquée par toute la population.
Le problème commence lorsqu’on décide à sa place :
— « Le cinéma, ça ne sert à rien pour toi. »
— « Un musée ? Mais tu ne vas rien voir ! »
— « Le sport, ça risque d’être compliqué. »
Merci au comité officiel des loisirs autorisés, mais la personne concernée peut répondre elle-même.
Un film peut être proposé en audiodescription. Un musée peut offrir une médiation adaptée. Une activité sportive peut être accessible avec quelques aménagements. Et parfois, la personne a simplement envie d’essayer.
Le bon réflexe est donc moins spectaculaire :
— « Ça te tente ? »
— « On regarde ensemble si c’est accessible ? »
— « De quoi aurais-tu besoin pour en profiter ? »
Inclure une personne aveugle ne signifie pas organiser une expédition avec quinze réunions préparatoires, trois formulaires et un plan d’évacuation émotionnel.
Cela signifie d’abord l’inviter comme les autres.
M comme Maladresse
La maladresse arrive à tout le monde.
On peut dire « là-bas » en pointant du doigt. On peut attraper un bras sans prévenir. On peut proposer une aide de façon un peu brutale. On peut aussi s’excuser pendant six minutes parce qu’on a prononcé les mots « tu vois ».
Respirez.
Une maladresse ne fait pas automatiquement de vous une mauvaise personne. Elle fait de vous un être humain dont le logiciel mérite parfois une petite mise à jour.
L’important est la réaction lorsqu’on vous corrige.
Si une personne aveugle vous dit :
— « Je préfère que tu me demandes avant de me toucher. »
La réponse idéale n’est pas :
— « Mais je voulais juste aider ! Je suis vraiment quelqu’un de gentil, demandez à ma mère ! »
Une réponse beaucoup plus simple suffit :
— « D’accord, merci de me le dire. »
Puis on fait autrement.
Une bonne intention peut être sincère et rester maladroite. Reconnaître cela ne retire rien à votre gentillesse. Au contraire, cela montre que vous êtes capable d’écouter.
La maladresse n’est pas grave.
À condition de ne pas en faire une tradition familiale transmise de génération en génération.
N comme Non
Lorsqu’une personne aveugle répond :
— « Non merci. »
Il ne s’agit pas du début d’une négociation.
Ce n’est ni une énigme ni une invitation à insister jusqu’à ce que la personne finisse par accepter votre aide uniquement pour pouvoir reprendre sa journée.
Pourtant, certaines réponses reviennent souvent :
— « Mais si, je vais vous aider. »
— « Vous êtes sûre ? »
— « Ça ne me dérange pas. »
— « Moi, ça me fait plaisir. »
C’est formidable que cela vous fasse plaisir. Mais l’aide est censée être utile à la personne qui la reçoit, pas uniquement valorisante pour celle qui la propose.
Lorsqu’une aide refusée devient obligatoire, ce n’est plus vraiment une aide. C’est une prise de pouvoir avec un sourire aimable.
La bonne réponse à « non merci » est donc :
— « D’accord. »
Deux syllabes. Aucun dossier à remplir. Aucun débat parlementaire.
O comme Oui
À l’inverse, un « oui » ne signifie pas :
« Félicitations, vous avez désormais le contrôle total de ma vie. »
Une personne aveugle peut accepter une aide précise sans vous confier la direction générale des opérations.
Elle peut dire :
— « Oui, peux-tu me dire où se trouve l’entrée ? »
Cela signifie qu’elle souhaite une indication.
Pas nécessairement qu’on l’attrape par le bras pour l’escorter jusqu’à la porte comme une personnalité politique sous haute protection.
Elle peut aussi dire :
— « Oui, je veux bien prendre ton bras. »
— « Oui, lis-moi ce qui est écrit. »
— « Oui, préviens-moi quand le feu passe au vert. »
Dans chaque situation, l’aide demandée est différente.
Le meilleur réflexe consiste à préciser :
— « Tu préfères que je fasse comment ? »
Un oui est un accord, mais cet accord possède des limites. Accepter un coup de main ne veut pas dire abandonner son autonomie.
Un « oui » est une porte ouverte.
Pas une autoroute sur laquelle vous pouvez rouler à pleine vitesse en klaxonnant.
En résumé : moins de panique, plus d’écoute
Entre le klaxon inutile, les loisirs supprimés par précaution, les maladresses, les « non » négociés et les « oui » transformés en carte blanche, le point commun est toujours le même : on oublie parfois d’écouter la personne concernée.
Pourtant, bien faire avec une personne aveugle ne demande pas de superpouvoir.
Il suffit généralement de :
proposer, écouter, préciser et respecter la réponse.
C’est moins spectaculaire qu’une opération de sauvetage.
Mais c’est beaucoup plus utile.
Et, avantage non négligeable, personne n’a besoin de crier « ATTENTION ! » au milieu du trottoir sans expliquer pourquoi.