découvrez ici une anecdote par jour. Nous avons le plaisir de vous faire partager nos aventures de mères aveugles avec nos enfants et nos concitoyens valides. Une bonne touche d'humour vous est offerte pour égayer vos journées ou soirées. Une sensibilisation douce et drôle au handicap visuel. Bonne lecture. #Handicap #sensibilisation #parents #aveugles #humour
De la pitié au trottoir : cinq réflexes pour mieux vivre ensemble
Bien se comporter avec une personne aveugle ne demande ni cape de super-héros, ni diplôme de spécialiste, ni abonnement premium au bon sens.
Il suffit souvent d’observer cinq petites règles. Aujourd’hui, avançons dans l’ordre du lexique, de la lettre P à la lettre T.
P comme Pitié
Commençons par ranger les violons.
Lorsqu’une personne aveugle entre dans une pièce, inutile de pencher la tête, d’adopter une voix de documentaire triste et de murmurer :
« Ma pauvre… Ça doit être tellement difficile. »
La personne était peut-être simplement venue chercher le sel. Elle ne s’attendait probablement pas à devoir consoler toute la table au sujet de sa propre existence.
La déficience visuelle peut évidemment entraîner des difficultés, de la fatigue et des obstacles. Mais une vie avec un handicap visuel n’est pas nécessairement une tragédie permanente en trois actes, avec pluie battante et musique dramatique.
Une personne aveugle peut travailler, rire, aimer, voyager, cuisiner, râler contre les transports et perdre ses clés comme tout le monde.
Le bon réflexe consiste donc à remplacer la pitié par le respect. Plutôt que de dire « Ma pauvre », demandez simplement :
« Est-ce que tu as besoin d’un coup de main ? »
C’est moins spectaculaire, mais beaucoup plus utile.
Q comme Question indiscrète
La curiosité est naturelle. L’interrogatoire médical improvisé, un peu moins.
« Tu es aveugle depuis quand ? »
« Tu vois vraiment rien ? »
« C’est arrivé comment ? »
« Tu rêves en couleur ? »
Tout cela avant même d’avoir demandé le prénom de la personne.
Une personne aveugle n’est pas un podcast documentaire disponible gratuitement dès la première rencontre. Son histoire médicale lui appartient. Elle peut avoir envie d’en parler, ou pas.
Avant de poser une question personnelle, demandons-nous si nous la poserions aussi directement à une personne voyante rencontrée depuis trente secondes.
Et si la curiosité reste vraiment trop forte, une formule respectueuse suffit :
« Est-ce que je peux te poser une question sur ton handicap ? »
Cette phrase laisse à la personne la possibilité de répondre, de refuser ou de changer de sujet. Le consentement fonctionne aussi dans les conversations.
R comme Repères
Une personne aveugle utilise souvent des repères pour se déplacer et retrouver les objets : le bruit d’une porte, la position d’une chaise, la texture d’un sol, un meuble, une distance ou une habitude.
Ce n’est pas un mystérieux sixième sens. C’est surtout de la mémoire, de l’attention et de l’organisation.
Alors, lorsque quelqu’un déplace une chaise, pose un sac au milieu du passage ou laisse une porte entrouverte sans prévenir, le décor peut rapidement se transformer en parcours d’obstacles.
La chaise déplacée n’a peut-être parcouru que cinquante centimètres. Pour le tibia qui la rencontre par surprise, c’est déjà un voyage beaucoup trop long.
Il suffit pourtant d’annoncer les changements :
« J’ai déplacé la chaise. »
« Mon sac est près de la porte. »
« Attention, la porte est entrouverte. »
Pas besoin d’un bulletin spécial avec jingle et présentateur. Une information claire suffit.
S comme Supposer
Nous arrivons maintenant au sport préféré de beaucoup de personnes : imaginer les besoins des autres sans leur demander leur avis.
« Elle doit être perdue. »
« Elle ne pourra sûrement pas venir. »
« Ce sera trop compliqué pour elle. »
« Je vais le faire à sa place. »
Le scénario est parfois déjà terminé alors que la personne concernée n’a pas encore prononcé un mot.
Le problème, c’est que supposer revient souvent à décider à la place de quelqu’un. Et même avec les meilleures intentions du monde, cela peut devenir excluant.
Une personne aveugle peut avoir besoin d’aide. Ou pas. Elle peut vouloir participer à une sortie, essayer une activité, cuisiner ou se déplacer seule. Ou pas.
Le moyen le plus fiable de connaître sa réponse reste une invention révolutionnaire : la question.
« Est-ce que ça te tente ? »
« Comment préfères-tu faire ? »
« As-tu besoin d’une adaptation ? »
Demander prend quelques secondes et évite de construire tout un roman dans sa tête alors que la personne voulait simplement acheter une baguette.
T comme Trottoir
Terminons cette promenade sur le trottoir. Enfin, à condition de réussir à le trouver sous les poubelles, les vélos, les cartons et les trottinettes abandonnées.
Pour une personne voyante, un obstacle peut parfois être contourné rapidement. Pour une personne aveugle, un objet posé en travers du passage peut provoquer une chute, un choc, une désorientation ou un blocage complet.
Et non, la canne blanche n’est pas une baguette magique capable de faire disparaître les trottinettes mal garées. Dommage, car certaines mériteraient probablement un petit tour de magie.
Garder le passage libre n’est pas seulement une attention destinée aux personnes aveugles. Cela aide également les personnes en fauteuil roulant, les parents avec une poussette, les personnes âgées et toutes celles qui rencontrent des difficultés pour se déplacer.
Un trottoir n’est ni un parking improvisé ni un débarras collectif.
Laisser un passage dégagé, c’est permettre à chacun de circuler avec davantage de sécurité et d’autonomie.
Finalement, que faut-il retenir ?
De la lettre P à la lettre T, le message reste le même : une personne aveugle n’a pas besoin d’être plainte, interrogée, déplacée, devinée ou sauvée.
Elle a besoin d’être considérée comme une personne capable de répondre, de choisir, de participer et d’indiquer elle-même ce dont elle a besoin.
Moins de suppositions, moins de grands gestes et moins de violons.
Davantage de questions simples, d’informations précises et de respect.
Ce n’est pas très compliqué. Et bonne nouvelle : aucun diplôme n’est nécessaire.
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