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découvrez ici une anecdote par jour. Nous avons le plaisir de vous faire partager nos aventures de mères aveugles avec nos enfants et nos concitoyens valides. Une bonne touche d'humour vous est offerte pour égayer vos journées ou soirées. Une sensibilisation douce et drôle au handicap visuel. Bonne lecture. #Handicap #sensibilisation #parents #aveugles #humour

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La suite du lexique de F à J

De F à J : aider sans prendre les commandes

Hier, nous avons commencé notre promenade dans le lexique avec les lettres A à E. Aujourd’hui, place au deuxième épisode : F, G, H, I et J.

Cinq lettres pour rappeler une chose essentielle : avec une personne aveugle, la bonne volonté est appréciable, mais elle fonctionne encore mieux lorsqu’elle est accompagnée d’écoute, de précision et d’un léger contrôle de ses réflexes de super-héros.

F comme Faire à ma place

Une personne aveugle annonce qu’elle va préparer du café.

Immédiatement, quelqu’un bondit :

— Non, ne bouge pas, je vais le faire !

La cafetière n’avait pourtant lancé aucun signal de détresse.

Faire les choses à la place d’une personne sans qu’elle l’ait demandé peut sembler attentionné. En réalité, cela lui envoie surtout le message suivant : « Je pense que tu n’en es pas capable. »

Une personne aveugle peut cuisiner, servir un verre, porter un sac, couper du pain et accomplir une quantité impressionnante d’autres activités extrêmement dangereuses, comme ouvrir une porte ou mettre une assiette sur une table.

Le bon réflexe n’est pas de remplacer la personne, mais de lui laisser la possibilité d’agir. On peut proposer un coup de main, bien sûr. Ensuite, on écoute la réponse.

Parfois, la meilleure aide consiste simplement à ne pas se lever de sa chaise.

G comme Guider

Guider une personne aveugle ne consiste ni à la pousser comme un chariot de supermarché, ni à la tirer comme une valise dont les roulettes seraient bloquées.

On commence par demander :

— Est-ce que tu veux que je te guide ?

Si la réponse est oui, la personne prend votre bras ou votre épaule. C’est elle qui s’accroche à vous, et non l’inverse. Vous avancez légèrement devant, à une allure naturelle.

Pendant le trajet, prévenez des informations réellement utiles : une marche, un escalier, une porte, un passage étroit ou un changement de direction.

En revanche, inutile de commenter chaque centimètre du décor :

— Il y a un mur… encore un mur… une plante… un monsieur qui semble regretter son choix de manteau…

Vous guidez quelqu’un vers une destination. Vous ne réalisez pas le documentaire intégral du couloir.

H comme Hésitation

Certaines personnes veulent tellement éviter de mal faire qu’elles finissent par ne plus rien faire du tout.

Elles observent de loin, tournent autour, réfléchissent intensément et ressemblent bientôt à un lampadaire traversant une crise existentielle.

Pour sortir de cette situation, une phrase suffit :

— Bonjour, est-ce que je peux vous aider ?

La personne peut répondre oui. Elle peut répondre non. Dans les deux cas, la civilisation devrait survivre.

Proposer une aide n’est pas insultant. L’imposer l’est beaucoup plus. Et si vous commettez une petite maladresse, elle pourra généralement être corrigée. Il vaut mieux une question simple qu’un long silence gêné accompagné de mouvements suspects dans les environs.

Une personne aveugle n’est pas une épreuve surprise. C’est une personne avec laquelle vous pouvez parler normalement.

I comme Indication

« C’est là. »

Cette phrase est courte, efficace et parfaitement inutile lorsqu’on ne voit pas l’endroit désigné.

Même chose pour « par ici », « là-bas » ou le célèbre doigt pointé avec énormément de conviction. Un doigt ne fournit malheureusement aucune indication sonore.

Une information utile ressemble plutôt à ceci :

— La porte est à votre droite.
— Le verre est devant votre main gauche.
— La chaise se trouve deux pas derrière vous.

Pas besoin d’écrire un roman géographique. Il faut simplement utiliser des repères précis : à droite, à gauche, devant, derrière, près de la main ou à quelques pas.

Une bonne indication doit permettre de trouver quelque chose. Elle ne doit pas donner envie de lancer une expédition avec une boussole, trois jours de provisions et une équipe de secours.

J comme Juger

« Tu es sûre que tu peux faire ça ? »

Cette question peut sembler bienveillante. Répétée devant chaque activité du quotidien, elle devient rapidement fatigante.

Une personne aveugle connaît généralement ses capacités, ses méthodes et ses limites. Elle peut accomplir une tâche différemment d’une personne voyante sans pour autant mal la faire.

Il faut également éviter de transformer chaque geste ordinaire en exploit historique :

— Tu prends le bus toute seule ? Quel courage !
— Tu cuisines ? C’est incroyable !

Gardons les médailles pour les véritables exploits. Par exemple, réussir à replier correctement un drap-housse.

Le handicap visuel peut demander des adaptations et de l’organisation. Mais prendre les transports, faire ses courses ou préparer un repas reste une partie de la vie quotidienne, pas une discipline olympique.

Avant de conclure qu’une personne ne peut pas faire quelque chose, demandez-lui simplement comment elle souhaite procéder. Juger moins permet souvent d’aider beaucoup mieux.

Le point commun entre ces cinq lettres

De F à J, le message reste clair : aider ne signifie pas prendre le contrôle.

On laisse la personne agir. On demande avant de guider. On ose parler au lieu de rester paralysé. On donne des indications précises. Et surtout, on ne décide pas à l’avance de ce qu’une personne aveugle peut ou ne peut pas faire.

Ce ne sont pas des règles compliquées réservées à quelques spécialistes du handicap visuel. Ce sont surtout de bonnes habitudes de communication et de respect.

Demain, nous poursuivrons notre lexique avec les lettres K à O. Au programme : du klaxon, des loisirs, quelques maladresses, un « non » qui signifie vraiment non et un « oui » qui n’autorise pas à prendre toutes les commandes.

Autrement dit, nous n’avons pas encore fini de ranger les bonnes intentions.

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