Overblog Tous les blogs Top blogs Famille & Enfants
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

découvrez ici une anecdote par jour. Nous avons le plaisir de vous faire partager nos aventures de mères aveugles avec nos enfants et nos concitoyens valides. Une bonne touche d'humour vous est offerte pour égayer vos journées ou soirées. Une sensibilisation douce et drôle au handicap visuel. Bonne lecture. #Handicap #sensibilisation #parents #aveugles #humour

Publicité

Il n'y a pas écrit libre-service ici

Publicité

Non, merci : mon enfant et mon chien guide ne sont pas en libre-service

Il y a des gestes qui partent sûrement d’une bonne intention. Enfin… on va leur laisser le bénéfice du doute, parce que nous sommes des gens polis. Mais parfois, entre la bonne intention et la bonne idée, il y a un gouffre. Et dans ce gouffre, on trouve souvent un inconnu avec un morceau de pain, un gâteau, ou un bout de sandwich à la main.

Prenons une scène très simple.

Une maman sort de la boulangerie avec son fils. Le petit, comme beaucoup d’enfants devant du pain frais, tente sa chance :

— Maman, je peux avoir un morceau de pain ?

La maman répond non. Rien de dramatique. Pas de famine déclarée. Pas d’alerte enlèvement de baguette. Elle explique simplement :

— Non, on va bientôt manger. Tu auras du pain à table.

Jusque-là, tout va bien. Une mère pose une limite. L’enfant survit. La République aussi.

Et là, surgit un monsieur, probablement autoproclamé sauveur international des enfants privés de croûtons, qui dit au petit :

— Bah tiens, moi je t’en donne !

Ah. Voilà. Le chevalier de la mie est arrivé.

Sauf que non.

Le sujet n’est pas de savoir si cette remarque était liée au handicap de la maman, à une envie de se rendre intéressant, ou à un besoin irrépressible de contester l’autorité parentale entre deux vitrines de boulangerie. Le sujet, c’est que quand un parent dit non, c’est non. Même si le parent est aveugle. Même si l’enfant fait les yeux doux. Même si la baguette croustille de manière persuasive.

Et cette histoire m’en rappelle une autre.

Un jour, j’étais dans le métro avec mon petit garçon, qui devait avoir trois ou quatre ans. À un moment, j’entends un petit bruit suspect. Vous savez, ce bruit très précis de l’enfant qui mâchouille quelque chose alors que, normalement, il n’a rien dans la bouche.

Je lui demande :

— Mais qu’est-ce que tu manges ?

Il me répond, très tranquillement :

— Un gâteau.

Pardon ?

— Un gâteau ? Mais tu l’as eu où ?

— C’est la dame qui me l’a donné.

La dame.

Et là, la fameuse dame, visiblement très fière de son action humanitaire biscuitée, me répond :

— Oui, c’est moi. Et où est le problème ?

Où est le problème ? Très bonne question. Installez-vous, madame, on va faire un petit atelier prévention.

Le problème, c’est que je suis sa mère. Le problème, c’est que vous avez donné à manger à un enfant sans demander l’accord de son parent. Le problème, c’est que cet enfant aurait pu avoir une allergie, une intolérance, une interdiction alimentaire, un risque médical, ou tout simplement une mère qui avait décidé qu’il ne mangerait pas de gâteau à ce moment-là.

Et, détail apparemment nécessaire à rappeler : ce n’est pas parce que je ne vois pas que je ne décide pas.

Je ne vois pas, certes. Mais mon autorité parentale n’est pas rangée dans ma canne blanche. Elle ne s’éteint pas dans le métro. Elle ne disparaît pas parce qu’une inconnue a un paquet de biscuits et une envie de jouer à Mamie Gâteau Express.

Mon fils est mon fils. Pas un distributeur automatique de tendresse pour passants attendris.

La dame, vexée, m’a répondu :

— Eh bien, si maintenant donner un gâteau à un enfant, c’est mal, je ne donnerai plus rien !

Je lui ai répondu :

— Oui, c’est mieux.

Parce que parfois, la meilleure générosité, c’est de garder son gâteau.

Ces deux anecdotes se rejoignent sur un point essentiel : les parents aveugles sont des parents à part entière. Nous éduquons nos enfants. Nous posons des limites. Nous disons oui, nous disons non, nous décidons. Comme tous les autres parents.

Nos enfants ne sont pas livrés sans adulte responsable sous prétexte que leur parent est non-voyant. Ils ne sont pas abandonnés à la générosité alimentaire du premier passant équipé d’un croissant, d’un biscuit ou d’un reste de sandwich.

Quand nous disons non, ce n’est pas une suggestion. Ce n’est pas un début de débat public. Ce n’est pas une invitation à intervenir en disant : « Moi, je lui donne. » Non. C’est une décision parentale.

Et puisqu’on parle de nourriture distribuée sans autorisation, parlons aussi de nos chiens guides.

Un chien guide n’est pas un chien de salon en pause goûter. C’est un chien de travail. Il a une alimentation adaptée, des horaires précis, des habitudes nécessaires à son équilibre et à sa santé. Il mange à sa faim, merci pour lui. Il n’est pas en train de dépérir parce qu’il vous regarde avec ses grands yeux pendant que vous terminez votre sandwich.

D’ailleurs, entre nous, certains chiens ont un talent dramatique exceptionnel. Ils peuvent avoir mangé leur ration complète, être parfaitement nourris, et quand même vous regarder comme s’ils venaient de traverser trois hivers sans croquette. Ce sont des professionnels. Ne tombez pas dans le piège.

Donner discrètement un bout de sandwich, un biscuit, une frite ou n’importe quoi d’autre à un chien guide peut avoir de vraies conséquences. Il peut tomber malade. Il peut avoir des troubles digestifs. Il peut être déconcentré dans son travail. Et devinez qui devra gérer tout ça ensuite ? La personne aveugle. Pas le généreux inconnu qui aura disparu à la station suivante, le cœur léger et les mains pleines de miettes.

Donc, règle simple : on ne nourrit pas un enfant sans demander à son parent. On ne nourrit pas un chien guide sans demander à son maître.

Ce n’est pas compliqué. C’est même très facile. Il suffit de ne rien mettre dans la bouche de quelqu’un qui ne dépend pas de vous. Une révolution, je sais.

La sensibilisation au handicap visuel passe aussi par ces petites choses du quotidien. Respecter une personne aveugle, ce n’est pas seulement l’aider à traverser une rue, parfois alors qu’elle n’a rien demandé et qu’elle attend juste son bus. C’est aussi reconnaître qu’elle est capable de décider, d’éduquer, de protéger, d’organiser, de refuser.

Nous n’avons pas besoin qu’on prenne notre place. Nous avons besoin qu’on respecte la nôtre.

Alors la prochaine fois que vous aurez envie de donner un morceau de pain à un enfant ou un bout de sandwich à un chien guide, posez d’abord la question. Et si le parent ou le maître dit non, acceptez-le simplement.

Votre gâteau restera entier.

Notre autorité aussi.

#autoritéparentale #personneaveugle #chienguide #boulangerie #boncomport

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article