découvrez ici une anecdote par jour. Nous avons le plaisir de vous faire partager nos aventures de mères aveugles avec nos enfants et nos concitoyens valides. Une bonne touche d'humour vous est offerte pour égayer vos journées ou soirées. Une sensibilisation douce et drôle au handicap visuel. Bonne lecture. #Handicap #sensibilisation #parents #aveugles #humour
Je remercie chaleureusement la personne qui m’a donné l’idée de créer cet article.
Les années passent, la technologie avance… mais elle ne devient pas toujours plus accessible. Dans cette mini-série sur les difficultés du quotidien d’une personne aveugle, j’aimerais aujourd’hui parler de quelque chose qui, avec le temps, se complique de plus en plus : l’utilisation des TPE et des distributeurs bancaires.
En théorie, le progrès devrait nous faciliter la vie. En pratique, ce n’est pas toujours le cas. De plus en plus de terminaux de paiement et de distributeurs bancaires deviennent entièrement tactiles, lisses, sans repères physiques, sans vraies touches… bref, très design, très modernes, très jolis… et très peu pratiques quand on est aveugle. À croire que parfois, les appareils sont pensés pour être admirés, pas pour être utilisés.
Nous, les personnes aveugles, regrettons sincèrement l’époque où les TPE avaient de vraies touches. On pouvait sentir le point en relief sur le 5, reconnaître les boutons grâce aux dessins en relief sur les touches de validation, d’annulation ou de correction, et se repérer seul. Ce n’était pas parfait, bien sûr, mais au moins, c’était concret, utilisable, logique. Aujourd’hui, avec des écrans complètement tactiles, cette autonomie disparaît peu à peu. Le progrès, c’est bien… sauf quand il efface au passage ce qui fonctionnait.
Le problème est simple : un écran tactile ne donne aucun repère naturel sous les doigts. Sans retour physique, il devient très difficile de savoir où poser sa main, où se trouvent les chiffres, ou même si l’on appuie au bon endroit. Pour une personne aveugle, cela rend la saisie d’un code confidentiel particulièrement compliquée, voire impossible, sans aide extérieure. En résumé : pour certains, c’est un écran tactile ; pour nous, c’est surtout un grand panneau “débrouille-toi”.
Je pense notamment à une petite anecdote très parlante. Un jour, deux de mes amis sont allés dîner dans un restaurant. Au moment de payer l’addition, ils se sont aperçus que le TPE était tout beau, tout lisse… et entièrement tactile. Impossible pour eux, en tant que personnes aveugles, de taper seuls leur code de carte bleue. Le gérant, certainement avec de bonnes intentions, leur a proposé de composer le code à leur place. Mais non. Confier son code de carte bancaire à quelqu’un n’est pas anodin. Même si la personne semble bienveillante, cela pose un vrai problème de sécurité, de confidentialité et surtout d’autonomie. Quelqu’un pourrait voir le code, mémoriser les chiffres, prendre la carte en photo, ou s’en servir plus tard. Ce n’est pas acceptable. On va au restaurant pour manger, pas pour vivre un épisode spécial de “Fais-moi confiance, je gère ton compte bancaire”.
Il existe bien certains TPE sur lesquels on peut brancher un casque pour obtenir un retour audio. Sur le papier, cela semble être une bonne idée. Mais dans la réalité, lorsque l’on tape le code, l’appareil annonce simplement « astérisque ». Autrement dit, il confirme qu’une touche a été pressée, mais il ne permet pas réellement de se repérer facilement ni de retrouver l’autonomie qu’offraient les anciens claviers physiques. Merci pour l’information, cher terminal : oui, il y a bien eu une touche… maintenant, laquelle, c’est toujours le grand mystère.
Parmi les solutions qui existent, il y a aussi un accessoire qui peut aider : un quadrillage en silicone que l’on peut déposer sur le TPE. À condition de l’avoir dans son sac, ou que le commerçant en possède un, cela permet de recréer des repères et de mieux se situer sur l’appareil. C’est une aide utile, pratique, et parfois très précieuse. Mais là encore, cela reste une rustine sur un problème qui ne devrait même pas exister à la base.
La situation est très proche sur les distributeurs bancaires. Là aussi, il est parfois possible de connecter un casque pour avoir un retour audio, ce qui peut aider. Mais lorsque tout l’écran est tactile, cela reste extrêmement difficile. On entend des indications, certes, mais encore faut-il réussir à localiser les bonnes zones sur l’écran, à comprendre l’organisation de l’interface, et à agir avec précision sans aucun repère tactile. Avoir de l’audio ne suffit pas toujours quand la surface à utiliser est complètement lisse. En clair, le distributeur nous parle… mais il oublie juste de nous dire où poser le doigt.
Face à cela, quelques solutions nous sont proposées. Pour les TPE tactiles, il est parfois possible de payer avec un téléphone ou une montre connectée via Apple Pay ou un autre service du même type. Cela permet d’éviter la saisie du code sur le terminal. Mais encore faut-il posséder ce matériel, avoir configuré le service, et être à l’aise avec son utilisation. Ce n’est pas simple pour tout le monde. Tout le monde n’a pas forcément une montre connectée, un smartphone dernier cri, ni l’envie de transformer chaque paiement en démonstration technologique.
Pour les distributeurs bancaires tactiles, une autre solution consiste à faire appel à un bénévole Be My Eyes pour être guidé à distance. Cela peut dépanner dans certaines situations. Mais là encore, ce n’est pas une vraie réponse au problème de fond. Une personne aveugle ne devrait pas devoir dépendre d’un tiers, d’une application ou d’un appel extérieur pour retirer de l’argent ou payer son repas.
Le vrai sujet, c’est que la modernité n’est pas automatiquement synonyme d’accessibilité. Quand on remplace des boutons physiques par du tout tactile sans penser aux personnes aveugles, on crée de nouvelles barrières au lieu d’en supprimer. Ce n’est pas parce qu’un appareil est plus moderne qu’il est meilleur. Parfois, il est juste plus compliqué, plus cher, et beaucoup moins humain.
Et il serait temps qu’une loi claire, définitive et réellement appliquée impose une accessibilité effective partout en Europe. En réalité, il existe déjà un cadre européen : la directive (UE) 2019/882, souvent appelée « European Accessibility Act », couvre notamment les terminaux de paiement, certains terminaux en libre-service et les services bancaires. Elle est applicable depuis le 28 juin 2025. En France, cette directive a été transposée par plusieurs textes. Autrement dit, les règles existent déjà. Maintenant, il faut qu’elles soient réellement connues, contrôlées et appliquées, pour que les personnes aveugles puissent payer et utiliser les services bancaires de manière autonome, digne et sécurisée.
Parce qu’au fond, ce que nous demandons n’a rien d’extraordinaire. Nous ne réclamons pas des machines venues du futur, ni des appareils qui nous servent le café en chantant. Nous demandons simplement de pouvoir payer, retirer de l’argent et utiliser des équipements du quotidien seuls, en sécurité, et sans avoir l’impression de devoir résoudre une énigme tactile à chaque fois.
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