découvrez ici une anecdote par jour. Nous avons le plaisir de vous faire partager nos aventures de mères aveugles avec nos enfants et nos concitoyens valides. Une bonne touche d'humour vous est offerte pour égayer vos journées ou soirées. Une sensibilisation douce et drôle au handicap visuel. Bonne lecture. #Handicap #sensibilisation #parents #aveugles #humour
La ville ou la campagne ?
Nous sommes actuellement en vacances, et mon fils a demandé que fait-t-on quand on vit ici à la campagne ? Et surtout comment peut faire une personne aveugle ?
Suite à cette question cela m'a donné l'idée de vous écrire cet article à ce sujet.
Merci à toi mon petit bonhomme pour cette idée que tu m'as apporté sans le vouloir.
Vivre à la campagne quand on est aveugle, ce n’est pas impossible. Mais vivre seul dans un village isolé, sans transports, sans commerces, sans école, sans services, c’est souvent beaucoup plus compliqué qu’en ville.
Ce n’est pas la cécité qui rend la vie rurale impossible en soi. C’est surtout le décor : charmant sur les cartes postales, beaucoup moins pratique quand il faut aller chercher du pain, une ordonnance ou simplement voir du monde.
Le vrai problème, c’est l’autonomie concrète. Une personne aveugle peut parfaitement organiser son quotidien, cuisiner, travailler, se repérer dans un environnement connu. Mais dans un village sans bus, sans gare, sans supérette, sans pharmacie, sans médecin à proximité, chaque besoin ordinaire devient une petite expédition. Acheter du pain, aller à un rendez-vous, faire une démarche, récupérer un colis :
en ville, cela peut souvent se faire à pied ou en transports. Dans un hameau isolé, cela suppose souvent une voiture. Et là, soyons francs : pour une personne aveugle, le permis reste un concept assez décoratif.
C’est là que la difficulté devient sérieuse : la dépendance aux autres. Quand on vit seul et qu’on ne peut pas conduire, il faut demander pour beaucoup de choses. Être accompagné pour les courses. Être emmené chez le médecin, à la gare ou à un rendez-vous. Compter sur un voisin, un proche, une compagne ou un compagnon, une aide régulière, un Taxi ou un VTC. Tant que cette aide existe et tient dans la durée, la vie peut s’organiser. Quand elle manque, tout devient plus fragile. À la campagne, un imprévu banal peut vite prendre des allures de mission commando.
En ville, les trajets sont souvent plus courts, les trottoirs plus continus, les repères plus nombreux, et les lieux utiles plus accessibles.
À la campagne, on trouve souvent des routes sans trottoir, des bas-côtés irréguliers, peu de passages piétons, peu d’éclairage, et parfois même l’impression que le piéton a été oublié lors de la construction du paysage. Pour une personne aveugle, surtout seule, cela rend certains trajets compliqués, fatigants, voire risqués.
Il faut ajouter un point très concret : à la campagne, il y a très peu de feux sonores et de balises sonores. En ville, ces équipements ne sont déjà pas partout, mais on en trouve davantage à certains carrefours, bâtiments publics, arrêts ou lieux stratégiques. Dans les villages isolés, ils sont rares, voire totalement absents. Cela veut dire moins de repères auditifs, moins d’informations utiles sur l’environnement, et donc encore moins d’autonomie dans les déplacements.
Rappelons une chose devenue indispensable aujourd’hui : le village ne doit pas être en zone blanche. Avoir du réseau et du wi-fi, ce n’est pas un confort secondaire, c’est essentiel. Pour une personne aveugle, le téléphone et Internet servent à énormément de choses : utiliser un GPS vocal, commander des courses, réserver un Taxi ou un VTC, appeler en cas de besoin, faire ses démarches, garder le contact avec ses proches, utiliser des applications d’accessibilité, travailler, ou tout simplement ne pas se retrouver coupée du monde. À la campagne, sans réseau, on n’est pas “au calme” : on est surtout en difficulté.
Un autre point essentiel, c’est l’accès aux services. Une personne aveugle vivant seule a besoin, comme tout le monde, de pouvoir gérer les imprévus : une consultation, une réparation, une livraison, une démarche, un achat urgent. En ville, ces ressources sont plus nombreuses et plus proches. À la campagne profonde, elles existent parfois, mais elles sont éloignées, moins fréquentes, ou accessibles seulement si quelqu’un vous emmène. Autrement dit, quand il manque quelque chose, il ne manque pas juste “un peu” : il manque loin.
L’isolement social compte aussi énormément. Vivre seul dans un village très calme peut devenir pesant quand les sorties spontanées sont rares. En ville, on peut plus facilement rejoindre une activité, voir des amis, participer à la vie associative, accéder à des services spécialisés, ou simplement sortir sans devoir organiser l’opération trois jours à l’avance comme un débarquement. Pour quelqu’un qui vit seul, cette liberté-là n’est pas un luxe. C’est un vrai besoin.
Cela dit, une personne aveugle peut vivre dans un village pareil si certaines conditions favorables sont réunies. D’abord, il faut un réseau humain solide : famille proche, voisins fiables, amis disponibles, compagne ou compagnon présent, aides régulières. Ensuite, il faut un accès fiable aux courses et aux services, grâce aux livraisons, à l’accompagnement, à une aide ménagère, à un Taxi ou un VTC, ou à des proches disponibles. Il faut aussi que le village ne soit pas isolé numériquement, avec du réseau mobile et une connexion Internet correcte. La maîtrise des outils numériques aide beaucoup : commandes en ligne, GPS vocal, assistants vocaux, démarches à distance. Une bonne connaissance du territoire, des habitudes stables, et parfois un chien guide peuvent aussi rendre la vie beaucoup plus faisable.
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