découvrez ici une anecdote par jour. Nous avons le plaisir de vous faire partager nos aventures de mères aveugles avec nos enfants et nos concitoyens valides. Une bonne touche d'humour vous est offerte pour égayer vos journées ou soirées. Une sensibilisation douce et drôle au handicap visuel. Bonne lecture. #Handicap #sensibilisation #parents #aveugles #humour
Hier après-midi, mission Saint-Denis à l'#imabusinessschool où je remercie chaleureusement les étudiants présents qui ont été plus que participatifs superbe intervention. .
Départ tranquille de Maisons-Alfort, changement à Gare de Lyon pour attraper la 14. Pour ceux qui connaissent, le passage du RER D à la 14, c’est presque un sport olympique… mais une fois qu’on a compris le parcours, ça se fait les yeux fermés. (Oui, je sais, elle était facile.)
À mi-chemin, un monsieur m’interpelle :
— Vous allez où là !
Pas un “bonjour”, pas un “excusez-moi”, non. Une déclaration façon contrôle parental.
Un peu surprise — surtout par le ton plus que par la question — je me demande intérieurement : “Mais il est chef de gare ou quoi ?” Mais polie, je réponds :
— À la 14.
Et là, avec un air très sérieux :
— Mais on est à Gare de Lyon ici.
— Oui… je sais. Et ?
Et le verdict tombe :
— Vous ne devriez pas être ici. Votre station, c’est Duroc.
Ah.
Duroc. Station des lignes 10 et 13. Station où se trouve l’association Valentin Haüy, qui vend du matériel spécialisé pour déficients visuels. Station où se trouve aussi l’Institut National des Jeunes Aveugles.
Conclusion visiblement évidente pour lui : si on a un handicap visuel, on vit à Duroc. On travaille à Duroc. On respire à Duroc. On doit probablement payer un impôt local à Duroc.
Je ne savais pas qu’on répartissait les gens comme ça.
Les aveugles à Duroc.
Les blondes quelque part ailleurs.
Les Portugais à Saint-Maur-des-Fossés.
Les Maghrébins à Barbès.
Et tant qu’on y est, les gauchers sur une ligne spéciale ?
C’est fascinant comme certains esprits adorent les boîtes. Bien rangées. Bien étiquetées. Bien fermées.
Petit rappel pourtant : un handicap visuel n’annule ni la liberté de circulation, ni l’autonomie, ni l’intelligence, ni le droit d’aller où bon nous semble. On peut travailler à Saint-Denis, habiter à Maisons-Alfort, passer par Gare de Lyon, se tromper de quai (ou pas), voyager, aimer, râler contre les correspondances… bref, vivre.
Le handicap ne définit pas un territoire.
Il ne définit pas une station.
Il ne définit pas une limite.
Ce qui limite, ce sont les préjugés.
Alors oui, parfois on croise des gens persuadés qu’ils savent mieux que nous où nous “devrions” être. Mais la meilleure correspondance à prendre, ce n’est pas la 14.
C’est celle qui mène du préjugé à la compréhension.
Et là, pour le coup, tout le monde peut monter à bord.