découvrez ici une anecdote par jour. Nous avons le plaisir de vous faire partager nos aventures de mères aveugles avec nos enfants et nos concitoyens valides. Une bonne touche d'humour vous est offerte pour égayer vos journées ou soirées. Une sensibilisation douce et drôle au handicap visuel. Bonne lecture. #Handicap #sensibilisation #parents #aveugles #humour
Un harnais, un enfant et beaucoup trop d’imagination
Cette semaine, je poursuis ma série autour des commentaires laissés sous l’article du jeu-concours consacré aux préjugés.
Aujourd’hui, deux croyances méritent un sérieux coup de baguette magique :
Une maman non-voyante qui utilise un harnais traiterait son enfant comme un chien guide.
Et, puisqu’elle ne voit pas, on pourrait apparemment lui échanger son enfant sans qu’elle s’en rende compte.
À ce niveau-là, ce n’est plus un préjugé.
C’est le scénario d’une mauvaise comédie.
Le harnais : scandale national ou simple outil de sécurité ?
Un enfant de deux ou trois ans possède un talent remarquable :
Il peut passer du calme absolu à la fuite vers un trottoir en moins de temps qu’il n’en faut pour prononcer son prénom.
Le harnais permet au parent de maintenir un lien avec lui dans les lieux très fréquentés ou dangereux.
Il ne transforme pas l’enfant en animal.
Il ne l’empêche pas non plus de marcher, d’explorer ou de découvrir le monde.
C’est simplement un outil de sécurité.
Curieusement, lorsqu’un parent voyant utilise une poussette, une barrière, un siège auto ou tient très fermement la main de son enfant, personne ne lui demande s’il dirige une prison de haute sécurité.
Mais lorsqu’une maman aveugle choisit un équipement visible et adapté, certains se transforment immédiatement en experts internationaux de la parentalité.
Sans formation.
Sans invitation.
Et surtout sans bouton « silence ».
Pourquoi le harnais dérange-t-il autant ?
Parce qu’il est visible.
Il montre qu’une méthode différente est utilisée.
Or, beaucoup de personnes acceptent assez bien le handicap tant qu’il reste discret et qu’il ne modifie pas leurs habitudes.
Dès qu’une adaptation apparaît — une canne blanche, un chien guide, un lecteur d’écran ou un harnais — elle attire les regards et devient parfois plus commentée que son utilité réelle.
Le problème n’est donc pas toujours l’outil.
C’est le fait qu’il rappelle que la sécurité et l’autonomie peuvent être organisées autrement.
Il y a aussi cette association immédiate entre le harnais et le chien guide.
Certaines personnes voient une sangle et leur imagination prend aussitôt le contrôle :
« Une laisse ! Un chien ! Un enfant promené comme un animal ! »
Le cerveau a fait un raccourci.
Malheureusement, la politesse n’a pas suivi.
« On pourrait vous donner un autre enfant »
Passons maintenant au deuxième grand mystère :
Comment une maman aveugle peut-elle reconnaître son propre enfant ?
Apparemment, certains imaginent une sortie d’école où l’on distribuerait les enfants au hasard, comme des manteaux au vestiaire.
« Celui-ci est à vous ? »
« Aucune idée, je vais le garder jusqu’à vendredi pour vérifier. »
Un parent ne reconnaît pas son enfant uniquement à son visage.
Il connaît sa voix, son rire, sa façon de respirer, de marcher, de parler et de prendre sa main.
Il reconnaît ses expressions, ses gestes, son parfum, ses habitudes et même cette manière très particulière de dire « j’ai rien fait » qui signifie généralement tout le contraire.
Un enfant n’est pas une boîte de conserve que l’on identifie seulement grâce à son étiquette.
Pourquoi croit-on que la vue est indispensable pour reconnaître quelqu’un ?
Parce que notre société donne une place énorme au visage.
Photos de famille, portraits scolaires, réseaux sociaux, papiers d’identité : tout nous apprend que reconnaître une personne, c’est d’abord la regarder.
On oublie alors que l’identité passe aussi par la voix, le mouvement, le contact, les habitudes et la relation construite au fil du temps.
Ce préjugé ne vient donc pas seulement d’une méconnaissance de la cécité.
Il vient d’une vision très limitée de ce que signifie connaître quelqu’un.
Une maman aveugle ne reconnaît pas son enfant malgré l’absence de vision.
Elle le reconnaît grâce à tout ce qu’elle sait de lui.
Et croyez-moi, après avoir entendu cinquante fois la même chanson, négocié trois légumes et cherché un doudou à minuit, le risque de confusion devient assez faible.
Le handicap visuel ne supprime ni le lien parental, ni l’attention, ni la capacité à protéger son enfant.
En revanche, certains commentaires prouvent qu’il reste encore beaucoup de travail pour développer un sens malheureusement trop peu utilisé :
Le sens de la réflexion.
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