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découvrez ici une anecdote par jour. Nous avons le plaisir de vous faire partager nos aventures de mères aveugles avec nos enfants et nos concitoyens valides. Une bonne touche d'humour vous est offerte pour égayer vos journées ou soirées. Une sensibilisation douce et drôle au handicap visuel. Bonne lecture. #Handicap #sensibilisation #parents #aveugles #humour

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Et vous ? Qu'en pensez-vous ?

Et vous ? Qu'en pensez-vous ?
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Aujourd’hui encore, j’ai souvent l’impression de devoir fournir deux fois plus d’efforts pour obtenir la même place que les autres dans la vie de tous les jours.

Au travail, il faut parfois prouver davantage mes compétences. Dans la vie courante, on me perçoit souvent comme moins autonome que je ne le suis réellement. Et puis il y a ce regard étonné, presque admiratif parfois, quand je fais des choses tout à fait ordinaires : sortir seule, travailler, faire du sport, aller au cinéma ou encore être parent.

Oui, les mentalités évoluent. Heureusement. Mais soyons honnêtes : certaines personnes restent encore fermement accrochées à des idées reçues, comme à une vieille émission qu’on refuse d’arrêter alors qu’elle n’a plus aucun intérêt depuis des années.

Je vais vous raconter une anecdote vécue récemment lors de l’une de mes interventions.

Ce jour-là, j’expliquais aux personnes présentes que lorsqu’une personne non-voyante se présente à l’accueil d’une administration en étant accompagnée, il est préférable de s’adresser directement à elle, et non à la personne qui l’accompagne.

Jusque-là, tout allait bien.

Puis une dame assise autour de la table prend la parole et me dit, très sérieusement, que selon elle, non, il faut s’adresser à l’accompagnant. Pourquoi ? Parce qu’étant non-voyante, je ne serais pas capable de comprendre ce qu’on me dit.

Alors là, permettez-moi de préciser une chose essentielle : ne pas voir ne veut pas dire ne pas comprendre. Le handicap visuel concerne la vue, pas l’intelligence, pas la capacité d’analyse, pas la compréhension, et certainement pas la dignité.

J’ai eu beau expliquer, argumenter, reformuler calmement, rappeler que la cécité n’efface ni le cerveau, ni la personnalité, ni l’autonomie, elle est restée campée sur sa position. Impossible de lui faire changer d’avis.

J’ai donc tenté une autre approche.

Cette même dame avait un fort accent étranger. Je lui ai alors dit :
« Faisons l’inverse. Imaginons que ce soit vous qui veniez me voir à mon bureau. Préféreriez-vous que je m’adresse à vous directement, ou à la personne qui vous accompagne, sous prétexte que j’ai entendu votre charmant accent venu de loin ? »

Sa réponse a été immédiate :
« Ce n’est pas la même chose… Moi, j’ai toute ma tête. »

Traduction : dans son esprit, ne pas voir revenait à ne pas être en pleine possession de ses capacités intellectuelles.

Et comme si ce n’était pas suffisant, elle a ajouté :
« Et puis de toute façon, vous ne pouvez pas tenir un poste en qualité d’agent d’accueil. »

Là, j’ai compris qu’avec elle, aucun exercice de mise en situation, aucune explication, aucun exemple concret ne mènerait nulle part. Elle n’était manifestement pas là pour comprendre, mais parce qu’elle y était obligée.

Et il faut parfois l’accepter : on ne déconstruit pas un préjugé solidement installé en une heure, surtout quand la personne tient plus à son idée qu’à la réalité.

Mais puisque certaines croyances ont la vie dure, remettons un peu d’ordre dans tout cela.

Non, une personne aveugle n’est pas incapable de comprendre.
Elle ne voit pas, c’est tout. Elle entend, réfléchit, échange, décide, travaille, élève des enfants, fait du sport, prend des transports, sort seule, gère son quotidien et, oui, peut parfaitement occuper un poste à responsabilité ou un poste d’accueil.

Non, l’accompagnant n’est pas le porte-parole officiel.
Lorsqu’une personne non-voyante est accompagnée, cela ne signifie pas qu’elle a perdu l’usage de la parole, de la pensée ou de la capacité à répondre elle-même. S’adresser à l’accompagnant à sa place, c’est l’effacer. Et franchement, personne n’aime être traité comme s’il était absent alors qu’il est juste là, devant vous.

Non, autonomie ne veut pas dire tout faire seul tout le temps.
Comme pour tout le monde, il peut y avoir besoin d’aide dans certaines situations. Demander ou accepter de l’aide ne retire rien à l’autonomie. Sinon, il faudrait aussi considérer qu’une personne qui utilise un GPS, demande son chemin ou appelle un collègue n’est pas autonome. Et là, autant prévenir tout le monde, nous sommes nombreux à être en difficulté.

Le plus simple, en réalité, est aussi le plus respectueux :
parlez directement à la personne concernée.
Toujours.
Et si vous ne savez pas comment faire, demandez simplement.
Cela vaut mieux qu’un festival de maladresses servi avec assurance.

Le handicap visuel demande souvent des adaptations, oui. Mais ce qui complique le plus le quotidien, ce n’est pas toujours le handicap lui-même. Ce sont surtout les préjugés, les jugements hâtifs et cette fâcheuse tendance qu’ont encore certains à confondre cécité et incapacité.

Je reviendrai d’ailleurs sur ces préjugés dans un prochain article, avec une autre anecdote cette fois sur le fait d’être parent aveugle. Là encore, vous verrez que l’imagination de certains en matière d’idées reçues semble n’avoir aucune limite.

Alors restez attentifs : cet article arrive bientôt.

#HandicapVisuel #Inclusion #Accessibilité #Préjugés #Autonomie

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