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découvrez ici une anecdote par jour. Nous avons le plaisir de vous faire partager nos aventures de mères aveugles avec nos enfants et nos concitoyens valides. Une bonne touche d'humour vous est offerte pour égayer vos journées ou soirées. Une sensibilisation douce et drôle au handicap visuel. Bonne lecture. #Handicap #sensibilisation #parents #aveugles #humour

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Épisode trois

Épisode trois
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Aveugle ne veut pas dire inconsciente du danger 

Parmi les préjugés qui collent encore à la peau des personnes aveugles, il y a cette idée absurde selon laquelle elles ne pourraient pas se déplacer seules dans la rue, parce qu’elles n’auraient pas conscience du danger qui les entoure. Comme si ne pas voir signifiait automatiquement ne rien comprendre, ne rien anticiper, ne rien sentir venir. Comme si l’absence de vision supprimait d’un coup le bon sens, l’attention, l’expérience et l’instinct de survie.

Ce préjugé révèle surtout une méconnaissance profonde du handicap visuel. Une personne aveugle ne se déplace pas “au hasard”. Elle s’appuie sur des repères, des techniques, une lecture différente de l’environnement. Elle écoute, elle mémorise, elle ressent, elle analyse autrement. Le danger, elle ne l’ignore pas : elle l’identifie autrement.

Avant d’aller plus loin, je remercie la personne qui m’a raconté cette histoire, parce qu’elle illustre parfaitement ce décalage entre ce que certains imaginent et la réalité du terrain.

Un jour, à la sortie du métro — eh oui, encore… décidément, le métro et moi, c’est une grande histoire — je marchais le long du trottoir pour me rendre à un bus. Sachant que je devais repérer le passage piéton, je marchais au bord du trottoir, côté route. Jusque-là, tout allait bien. Enfin, tout allait bien pour moi.

Mais une dame, certainement pleine de bonnes intentions, m’a arrêtée pour m’expliquer que j’étais trop au bord de la route et qu’il fallait absolument que je me décale. J’ai eu beau lui dire que si je marchais à cet endroit, c’était précisément pour repérer le passage piéton, rien à faire. Visiblement, mes explications avaient pris le même métro que sa patience : elles n’arrivaient pas jusqu’à elle. Elle a tenu coûte que coûte à ce que je me décale, persuadée qu’elle me protégeait d’un danger immédiat.

Sauf que ce qu’elle voyait comme un danger faisait justement partie de ma méthode de repérage.

Et c’est là tout le problème.

Il faut vraiment comprendre une chose : si, parfois, j’ai l’air d’être en danger alors qu’en réalité je suis parfaitement à l’aise, c’est qu’il y a sans doute une raison. Quand je marche côté route, ce n’est pas pour donner un peu de suspense à ma journée. C’est souvent pour garder la bordure comme repère. Un poteau, une descente de trottoir, une rupture dans le relief peuvent m’aider à trouver un passage piéton. Si je me place trop côté mur, je risque justement de le rater.

Autrement dit, ce qui semble risqué vu de l’extérieur peut être, pour moi, la façon la plus logique et la plus sûre de m’orienter.

Être aveugle ne fait pas de moi une aventurière inconsciente lancée dans Koh-Lanta version urbaine. Je ne marche pas dans la rue en me disant : “Voyons ce qui m’arrive aujourd’hui.” Je me déplace avec mes repères, mes habitudes, mon expérience et mes stratégies. Je fais attention. J’anticipe. Je compose avec un environnement qui n’est pas toujours pensé pour moi, mais je ne le traverse pas sans réflexion.

Ce qui devient fatigant, en revanche, c’est de devoir sans cesse rassurer les autres sur le fait que je sais ce que je fais.

Je sais que beaucoup de gens veulent aider. Et l’intention, en soi, n’est pas le problème. Mais aider, ce n’est pas imposer. Aider, ce n’est pas décider à ma place où je dois marcher. Aider, ce n’est pas refuser d’entendre mes explications sous prétexte qu’on pense savoir mieux que moi ce qui est bon pour moi.

La bonne attitude est pourtant simple : demander.

Demander si j’ai besoin d’aide.
Et surtout, écouter la réponse.

Parce que non, être aveugle ne veut pas dire être inconsciente du danger. Cela veut dire vivre avec d’autres repères. Cela veut dire construire autrement sa manière de se déplacer. Cela veut dire connaître des techniques que beaucoup ignorent, et qui peuvent leur sembler étranges simplement parce qu’elles leur sont inconnues.

Le handicap visuel n’enlève ni l’intelligence, ni l’autonomie, ni le discernement. Ce qui manque parfois, ce n’est pas ma capacité à me déplacer seule. C’est la capacité de certains à accepter que je puisse le faire autrement qu’eux.

Alors oui, parfois, la meilleure aide qu’on puisse m’apporter, ce n’est pas de me tirer de vingt centimètres vers le mur comme si ma vie se jouait à cet instant précis. C’est juste de me laisser tranquille quand je maîtrise la situation. Et si vraiment il y a une hésitation, une seule phrase suffit :

“Bonjour, avez-vous besoin d’aide ?” Le reste, je suis encore tout à fait capable de l’expliquer. 
#AveuglePasInconsciente
#LeDangerCestLePréjugé
#JeSaisCeQueJeFais
#AiderSansImposer
#RespectezNotreAutonomie

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