découvrez ici une anecdote par jour. Nous avons le plaisir de vous faire partager nos aventures de mères aveugles avec nos enfants et nos concitoyens valides. Une bonne touche d'humour vous est offerte pour égayer vos journées ou soirées. Une sensibilisation douce et drôle au handicap visuel. Bonne lecture. #Handicap #sensibilisation #parents #aveugles #humour
Petit quiproquo dans le bus
Le bus et moi, c’est une longue histoire. On se connaît bien, on a nos habitudes, presque une relation officielle à ce stade. Et pour aller au centre commercial près de chez moi, j’emprunte toujours le même trajet.
Ce jour-là, pendant le trajet, deux personnes discutent entre elles pour savoir à quel arrêt descendre pour se rendre au centre commercial. Comme je connais parfaitement le chemin, je leur explique tranquillement qu’il vaut mieux descendre à l’arrêt suivant, celui où je descends moi-même, parce que c’est plus simple pour y accéder.
Bref, j’étais en train de faire office de GPS humain, version bus.
C’est alors qu’une autre personne, manifestement pleine de bonnes intentions, décide d’entrer dans la conversation. Sans avoir suivi tout le début, elle explique aux deux autres, en substance, qu’il faut me laisser tranquille, me laisser descendre là où moi j’ai envie de descendre, et surtout ne pas m’aider si je n’ai rien demandé.
Sur le principe, elle n’avait pas tort du tout. C’est même un message important : une personne aveugle n’a pas besoin qu’on décide à sa place de ce qui est bon pour elle, ni qu’on l’aide automatiquement sans lui demander son avis. Vouloir aider, c’est très bien ; imposer son aide, beaucoup moins.
Sauf qu’il y avait un léger détail. Un tout petit détail. Un détail minuscule, presque invisible — contrairement à moi, certes, mais bien réel : elle n’avait pas compris que je n’étais pas en train de me faire aider. J’étais en train d’expliquer le trajet aux autres.
Autrement dit, elle est intervenue pour dire :
“Laissez-la faire, elle sait où elle va !”
…à des gens à qui j’étais précisément en train d’expliquer où aller .
C’était donc un moment assez savoureux : quelqu’un essayait de rappeler qu’il ne fallait pas m’infantiliser, alors même que j’étais littéralement en train de mener l’opération.
Heureusement, une des personnes avec qui je discutais a fini par lui expliquer la situation. Le malentendu s’est dissipé, tout le monde est descendu au même arrêt, et les personnes à qui j’avais indiqué le chemin m’ont même accompagnée jusqu’à l’entrée du centre commercial.
Comme quoi, tout s’est très bien terminé : avec un bon itinéraire, un peu de gentillesse, et un quiproquo parfaitement absurde.
La morale dans tout ça est simple : quand une personne déficiente visuelle vous donne un trajet, ce n’est pas un concept, ce n’est pas une intuition mystique, et ce n’est pas une proposition au hasard. C’est généralement qu’elle connaît le chemin. Donc oui, vous pouvez lui faire confiance.
Et l’autre morale, c’est que la bienveillance, c’est précieux… mais écouter toute la conversation avant de s’y incruster, c’est pas mal aussi.
#creteilsoleil