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découvrez ici une anecdote par jour. Nous avons le plaisir de vous faire partager nos aventures de mères aveugles avec nos enfants et nos concitoyens valides. Une bonne touche d'humour vous est offerte pour égayer vos journées ou soirées. Une sensibilisation douce et drôle au handicap visuel. Bonne lecture. #Handicap #sensibilisation #parents #aveugles #humour

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Un héros ou juste un petit garçon normal

Ah, Paris… ses monuments, son métro, et ses scènes improvisées façon théâtre de boulevard.

Samedi après-midi, me voilà à Porte de Charenton, de retour de Paris avec mon fils. On s’apprête à descendre dans le métro quand surgit, sortie de nulle part, une dame investie d’une mission humanitaire apparemment très urgente : distribuer des médailles du mérite filial.

Elle tapote l’épaule de mon fils :
— « C’est bien mon garçon… »

Puis, hop, elle me tapote aussi :
— « C’est bien, il s’occupe de vous, il vous a aidée à traverser… »

Alors là, je découvre une information capitale sur ma propre vie : j’ai traversé la rue sous assistance technique, visiblement homologuée par la Fédération Internationale des Fils Attentionnés.

Je lui réponds calmement :
— « Madame, mon fils ne s’occupe pas de moi. Je suis tout à fait capable de traverser une rue seule. »

Parce que oui, scoop : avoir un handicap visuel ne transforme pas instantanément une mère en porcelaine de Sèvres sous perfusion. Nous ne sommes pas livrés avec une pancarte « Fragile – à manipuler par un enfant de 10 ans ».

Elle insiste :
— « Oui mais il vous a aidée, c’est bien… »

Je lui demande alors si elle apprécierait que je félicite son petit garçon imaginaire de “bien s’occuper d’elle” en pleine rue.

Réponse :
— « Je suis vieille, mes enfants s’occupent de moi ! »

Ce à quoi je réponds, très sincèrement :
— « Eh bien c’est très bien pour vous. Effectivement, quand les parents vieillissent, c’est le rôle des enfants d’aider. »

Silence. Regard noir digne d’un grand prix du Festival de Cannes du mépris instantané. Puis un “bonne journée” lancé avec la délicatesse d’une enclume.

Mon fils, qui n’a jamais eu sa langue dans sa poche, lâche :
— « Elle ferait mieux de s’occuper de ses affaires. »

Et pour une fois, je dois reconnaître que la jeunesse a parlé avec sagesse.

Ce qui est fascinant dans ce genre de situation, c’est cette idée persistante que le handicap visuel = dépendance automatique. Comme si l’autonomie disparaissait à la seconde où la vue baisse. Comme si élever un enfant, prendre le métro, travailler, gérer sa vie, tout cela devenait soudainement un exploit olympique supervisé par son propre fils.

Petit rappel amical :
Nous sommes capables de traverser une rue.
Nous sommes capables d’élever nos enfants.
Nous sommes capables de vivre, décider, organiser, gérer.

Nos enfants ne sont pas nos aides-soignants attitrés, ni nos GPS humains à plein temps. Ils sont… nos enfants. Et accessoirement, ils peuvent aussi apprendre à ignorer les commentaires non sollicités.

Moralité :
À Porte de Charenton, j’ai traversé la rue.
Seule.
Avec mon fils.
Qui n’était pas mon assistant personnel, mais simplement mon fils.

Et franchement, c’est déjà très bien comme ça.

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