découvrez ici une anecdote par jour. Nous avons le plaisir de vous faire partager nos aventures de mères aveugles avec nos enfants et nos concitoyens valides. Une bonne touche d'humour vous est offerte pour égayer vos journées ou soirées. Une sensibilisation douce et drôle au handicap visuel. Bonne lecture. #Handicap #sensibilisation #parents #aveugles #humour
Un immense merci à la personne qui a contribué à mes articles de cette fin de semaine. tout cela s’est passé dans la même journée.
Souvenez-vous : le matin même, je vous expliquais que dans mon bus, la synthèse vocale avait décidé de faire retraite spirituelle. Silence absolu. Le tramway ? Même philosophie. Manifestement, c’était la journée mondiale du “débrouille-toi”.
Je descends donc du bus, concentrée comme une exploratrice en terrain urbain, canne bien au sol — et j’insiste : bien. au. sol. Parce que la canne, ce n’est pas un accessoire décoratif. C’est mon radar, mon détecteur de trottoirs traîtres, mon système anti-poteaux, mon assurance-vie version pliable.
Et là… surgit l’aide spontanée.
Sans bonjour, sans “je peux vous aider ?”, la personne m’attrape le bout de la canne et la soulève pour m’indiquer la direction du tram.
Alors comment dire…
La synthèse muette, je gère.
Les imprévus, je gère.
Mais la canne qui décolle du sol sans autorisation ? Là, on entre dans une autre discipline.
Je lui demande de me lâcher. Un peu nerveusement, j’en conviens. Mais enfin… est-ce que moi je me permets d’attraper une personne valide par l’œil pour lui indiquer le quai ?
“Excusez-moi monsieur, je vais vous orienter, ne bougez pas, je vous tiens par la pupille.”
On est d’accord que ce serait parfaitement absurde ?
Eh bien saisir la canne, c’est exactement le même niveau d’absurdité.
Quand on soulève ma canne, je perds l’information. Plus de contact avec le sol = plus d’info = possibilité de rencontrer un poteau de manière beaucoup trop rapprochée. Et je vous assure que je n’ai pas signé pour un slow avec le mobilier urbain.
La personne me dit qu’elle voulait aider. Et je le crois sincèrement.
Mais aider, ce n’est pas prendre le contrôle.
Aider, c’est demander.
Un simple :
“Bonjour madame, avez-vous besoin d’aide ?”
Et ensuite… on écoute.
Que ce soit oui ou que ce soit non, Ce n’est pas “attraper la personne aveugle par sa canne qui lui apportera la meilleure aide. d’ailleurs, restons corrects je ne me permettrai jamais d'attraper qui que ce soit par où que ce soit...
Elle finit par s’en aller. Moi, je rejoins mon tramway, canne au sol, radar activé, dignité intacte, et aucun poteau n’a été blessé pendant l’opération.
Conclusion version humour mais très sérieuse :
La sensibilisation au handicap visuel, ce n’est pas compliqué.
On demande.
On respecte.
Et on laisse la canne faire son travail… au sol.
Parce qu’une canne en l’air, c’est juste un bâton.
Au sol, c’est mon autonomie.